Nos enfants et les réseaux sociaux : où en est-on ?

Mis à jour le 27 octobre 2026

Interdiction, régulation, éducation… Alors que les règles concernant l’accès des adolescents aux réseaux sociaux évoluent encore, les parents peuvent avoir du mal à s’y retrouver. Lors du webinaire organisé le 15 octobre par la FCPE, Axelle Desaint, directrice générale d’Internet sans crainte, a détaillé les mesures en cours et donné des conseils concrets pour accompagner les jeunes.

Une réglementation encore difficile à suivre

13 ans, 15 ans… À quel âge un adolescent peut-il réellement accéder aux réseaux sociaux ? En ouverture du webinaire, Axelle Desaint a rappelé qu’il faut distinguer les conditions d’utilisation fixées par les plateformes et la majorité numérique prévue par la loi française. « Aujourd’hui, il n’y a pas d’interdiction générale des moins de 15 ans en vigueur en France », a-t-elle expliqué.

La situation est d’autant plus complexe que les règles françaises doivent s’articuler avec la réglementation européenne. Depuis le RGPD, la France a fixé à 15 ans l’âge à partir duquel un mineur peut consentir seul au traitement de ses données personnelles. La loi de 2023 dite « loi Marcangeli » devait notamment permettre de rendre cette majorité numérique réellement effective grâce à un dispositif de vérification de l’âge et à l’accord parental avant 15 ans.

Mais la mise en œuvre se heurte au cadre européen, notamment au Digital Services Act (DSA). Dans le même temps, plusieurs pays ont annoncé ou adopté des mesures visant à limiter l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux. Résultat : « Aujourd’hui, non, les réseaux sociaux ne sont pas encore interdits aux moins de 15 ans en France, mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien ».

 

Comprendre ce qui se joue derrière les écrans

Pour Axelle Desaint, la question ne peut toutefois pas se résumer à l’âge d’accès. Les plateformes sont conçues autour d’un modèle économique qui cherche à capter l’attention des utilisateurs. Les adolescents doivent donc pouvoir comprendre les mécanismes auxquels ils sont confrontés.

« Il y a besoin aujourd’hui d’avoir une bonne maturité, une bonne compréhension de la manière dont fonctionnent les réseaux sociaux, de leur modèle économique et avoir une bonne connaissance de ces droits et responsabilités en ligne », a-t-elle souligné.

Cela passe notamment par l’éducation aux médias et au numérique : apprendre à identifier les sources, à repérer les contenus trompeurs, à comprendre les algorithmes, mais aussi à protéger ses données personnelles. Une nécessité d’autant plus importante avec l’essor de l’intelligence artificielle et la circulation de contenus de plus en plus difficiles à distinguer.

Pour la directrice d’Internet sans crainte, l’enjeu est donc de donner aux jeunes les moyens de devenir progressivement autonomes. « Au-delà de l’interdiction, même si on va voir qu’il y a un enjeu à protéger les jeunes d’un certain modèle aujourd’hui économique des réseaux sociaux qui vise un petit peu à capter leur attention, on croit quand même beaucoup à l’éducation. »

Cyberharcèlement : agir dès les premiers signes

Le webinaire a consacré également une large place au cyberharcèlement et aux violences en ligne. Axelle Desaint a insisté sur l’importance d’intervenir dès les premiers signes, plutôt que d’attendre qu’une situation s’installe.

« Je pense que le plus important, c’est d’oser parler de ça très tôt pour apprendre aux enfants à repérer et agir », a-t-elle prévenu. Un changement dans les interactions d’un groupe de classe, une exclusion ou des remarques répétées peuvent constituer des signaux d’alerte. « Soyez attentifs justement à ces groupes classes sur WhatsApp parce qu’ils sont très révélateurs. »

En cas de cyberharcèlement, le premier réflexe consiste à ne pas alimenter la diffusion des contenus : ne pas liker, commenter ou partager, mais conserver les preuves. « Le cyberharcèlement est un délit », a rappelé Axelle Desaint. Elle conseille également de ne pas rester seul et de solliciter l’établissement scolaire, les dispositifs de signalement et, si nécessaire, des professionnels pour accompagner l’enfant.

Faire des réseaux sociaux un sujet de dialogue

Alors, que peuvent faire les parents au quotidien ? Plutôt que de se focaliser uniquement sur le temps passé devant les écrans, Axelle Desaint invite à regarder la place qu’ils occupent dans la vie de l’adolescent.

« Ce qui doit vous inquiéter en termes de temps d’écran, c’est quand cela prend trop de place par rapport à d’autres activités. » Si les sorties, les loisirs, les relations avec les amis ou les activités sportives disparaissent progressivement, il peut être nécessaire de réinterroger les usages.

Surtout, le parent peut montrer qu’il est lui aussi concerné par ces difficultés. « Les adolescents aiment bien qu’on soit capable de leur montrer un peu aussi nos vulnérabilités, et on est tout aussi vulnérable face à ces réseaux. »

L’objectif est de construire un espace de dialogue plutôt que de multiplier les interdits. « Trouvons des solutions ensemble », propose Axelle Desaint. Une démarche qui permet de responsabiliser progressivement l’adolescent et de faire du cadre familial un lieu où il pourra aussi venir parler en cas de problème.

Internet sans crainte met à disposition de nombreux outils gratuits pour accompagner les familles : guides de paramétrage, charte du numérique en famille, boussole des écrans, ressources sur le cyberharcèlement… Autant de supports pour comprendre les usages des jeunes et ouvrir la discussion.