Le bachotage dès la maternelle, c’est non !

Suite à la lettre de mission qui lui a été adressée en septembre par le ministre de l’Éducation nationale, le Conseil supérieur des programmes (CSP) a publié le 9 décembre 2020 sa note d’analyse et de propositions sur le programme d’enseignement de l’école maternelle. Le document fait plus que frissonner. La FCPE, les syndicats enseignants, les associations professionnelles craignent un changement total de philosophie ! Pourquoi faudrait-il d’ailleurs modifier les programmes de 2015 pourtant plébiscités par la profession ? Parents d’élèves, enseignantes et enseignants de l’école maternelle, Atsem, chercheurs, ont publié le 9 février 2021 une tribune dans Libération pour dénoncer cette réorientation profonde.

« Nous refusons fermement cette école qui soumet les plus jeunes enfants et leurs familles à la pression du résultat dès l’entrée en petite section. […] Nous refusons cette école de la perte de sens des savoirs, de la performance précoce à tous crins, qui tourne le dos à la spécificité de l’école maternelle française. […] Nous portons ainsi l’ambition d’une école maternelle œuvrant à former des enfants désireux d’apprendre et de comprendre le monde. » Le 9 février 2021, la FCPE, les syndicats enseignants et plusieurs associations professionnelles ont signé dans Libération une tribune en faveur de l’école maternelle, dans la ligne de mire du ministère de l’Éducation nationale. Objectif : pointer du doigt la note d’analyse du Conseil supérieur des programmes, publiée en décembre.

L’instruction dès 3 ans, revendication historique de la FCPE, a été rendue obligatoire depuis la rentrée 2019. Une bonne nouvelle, qui a malheureusement servi de prétexte au Conseil supérieur des programmes (CSP) pour rédiger d’inquiétantes préconisations d’aménagements des programmes scolaires de l’école maternelle.
  
Alors que cette évolution législative était pleine de promesses, le CSP a préféré à l’amélioration de la qualité de la scolarisation, un changement de paradigme. L’école maternelle est désormais « l’école préélémentaire » et a pour objectif de permettre « une entrée réussie en CP » et des performances satisfaisantes aux évaluations standardisées d’entrée en CP. 

Rappelons-le, ces dernières reposent sur une conception appauvrie des mathématiques, du langage et de la lecture. Selon le CSP, l’école maternelle « doit permettre à tous les enfants d’accéder sans difficulté préalable aux apprentissages fondamentaux », à savoir lire, écrire, compter et respecter autrui. À la lecture des préconisations du CSP, les grands oubliés sont l’apprentissage du vivre ensemble et les dimensions sociales, affectives, artistiques et physiques du développement.
 
La finalité de l’éducation ne doit pas être l’évaluation
Autre point d’inquiétude : le CSP considère que « les enfants disposent de compétences qu’on peut mesurer et dont on peut indiquer les jalons de progression ainsi que les « attendus » à la fin de l’école maternelle ». Pour ce faire, il propose d’utiliser des « livrets jeux ». Sur 50 pages, 31 occurrences du mot « évaluer » ou « évaluation » ont été relevées ! « Ainsi, voit-on réapparaître la tentation d’un dépistage précoce des enfants en forme de renoncement au “tous capables” qui devrait pourtant guider l’école », commente le Snuipp-FSU. Pour la FCPE, il est impensable d’aborder la trajectoire scolaire des enfants dès leur plus jeune âge à l’aune de performances standardisées et de grilles de compétences. Toute la richesse des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être que les élèves acquièrent tout au long de leur scolarité ne peut se résumer à des indicateurs de performance, des seuils et des grilles d’évaluations standardisées.
 
Concrètement, comment rendre effectif ce qu’esquisse le CSP, c’est-à-dire une école maternelle qui « demeurant une école de la bienveillance et de l’épanouissement, doit aussi être une école de l’exigence et de l’ambition » ? Selon la FCPE, il ne faut pas les opposer. La bienveillance est la condition préalable de tous les apprentissages et de l’épanouissement des enfants. Une conception ambitieuse de notre système scolaire ne peut se passer de l’apprentissage du plaisir d’apprendre et de la coopération. Impossible de concevoir que dès l’école maternelle, parents et enfants seront déjà soumis au stress de l’échec, alors que ces premières années ont pour vocation d’éveiller la curiosité des plus petits, de les familiariser avec une démarche d’apprentissage coopérative. 
 
Les moyens humains et matériels, un impensé du CSP
Si le Conseil supérieur des programmes (CSP) a fait le constat du rôle déterminant de la scolarisation à l’école maternelle sur la réussite scolaire et la prévention des difficultés, ses recommandations ne sont pas à la hauteur des enjeux. La FCPE rappelle que des effectifs réduits, du bâti et du matériel adaptés, la présence d’une ATSEM à temps plein dans chaque classe, ainsi que des RASED en capacité de prendre en charge tous les élèves qui en ont besoin sont les conditions sine qua non d’une école au service de la réussite et de l’épanouissement de tous les élèves.
Plutôt que de réformer un programme qui convient à tous, renforçons les moyens des équipes, appliquons les textes. L'article R. 412-127 du code des communes prévoit que toute classe maternelle doit bénéficier des services d'un agent communal occupant l'emploi d'agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) et des classes enfantines, ce qui équivaut à un ATSEM pour 25 à 30 élèves par classe.
 
 
Les parents ont leur place à l’école maternelle
À l’heure actuelle, le souhait du CSP de « renforcer le lien entre l’institution scolaire et les parents » reste un vœu pieu. Les moyens pour y parvenir ne sont pas détaillés dans sa note d’analyse. Il n’a pas non plus jugé utile de consulter les parents d’élèves en amont. Notre fédération le rappelle : l’école ne peut se construire et exister sans la coéducation ! Le dialogue, la participation et la coopération de toute la communauté scolaire sont indispensables pour que notre école soit au service de la réussite de tous les élèves, de la démocratisation des savoirs, de l’émancipation et de la coopération.