Réforme du lycée : le flou artistique !

Cette année est marquée par la mise en place de la réforme du lycée qui se poursuivra jusqu’en 2021. Si le changement était attendu, les modalités de mise en œuvre, pensées à la va-vite, font craindre grand nombre de déconvenues. Revue de détails.

Bâtir un lycée où chaque élève aurait pu choisir ses matières en fonction de ses intérêts et aspirations, voilà ce que la FCPE espérait de la réforme initiée par le ministère de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, force est de constater que si l’intention d’un lycée des parcours personnalisés se reflète dans la nouvelle organisation – un tronc commun de matières auquel s’ajoutent des enseignements de spécialité –, la mise en place prend des allures de flou artistique le plus total, et commence à inquiéter fortement les parents d’élèves.
« C’est une réforme qui a été construite à l’envers. On a le sentiment que tout a été conçu pour répondre au fonctionnement particulier de l’enseignement supérieur. C’est, ni plus ni moins, le chemin d’un système éducatif de plus en plus sélectif et compétitif », résume Raymond Artis, président de la FCPE.

De nombreux points posent encore question, et les éclaircissements ne semblent pas à l’ordre du jour. Très ennuyeux, quand on sait que les élèves qui sont entrés en seconde en cette rentrée feront donc les frais de cette improvisation ministérielle. En effet, ils devront passer le baccalauréat nouvelle formule en 2021, mais cette année, ils ne bénéficieront pas des heures dédiées à l’aide à l’orientation prévues par les nouveaux textes. Qui les aidera à choisir leurs enseignements de spécialité pour leur année de première et terminale ? Mystère.

Auront-ils par ailleurs réellement le choix des trinômes en première et binômes en terminale ? Seront-ils libres de leur combinaison ? Par exemple, un élève pourra-t-il opter pour « Mathématiques »,  « Humanités, littérature et philosophie », et « Sciences économiques et sociales » ou sera-t-il empêché dans son idée, jugée trop farfelue et non cohérente avec les formations de Parcoursup ? La note de service publiée le 26 septembre 2018 assure qu’il n’y aura pas de « bouquets » imposés par les lycées, mais qu’en sera-t-il dans la pratique ? Si toutes ces possibilités tombent à l’eau, autant dire que l’on revient au système des séries que la réforme devait abolir. La filière technologique n’a quant à elle fait l’objet d’aucune réflexion dans ce sens, puisque les séries ont été conservées, et l’organisation n’a été modifiée que pour correspondre un tant soit peu aux épreuves du baccalauréat.

Qui plus est, à côté de cette « guerre des disciplines », se profile aussi une « guerre des territoires ». Alors qu’à l’origine du projet, tous les établissements étaient censés offrir une palette de 12 spécialités, la note de service du 6 septembre 2018 a précisé qu’ils n’auraient obligation de garantir que 7 spécialités sur les 12 prévues initialement. Le même texte promet que les élèves pourront suivre une partie des enseignements dans un autre établissement s’ils le souhaitent, mais sur le terrain, la mesure risque d’être difficilement applicable. « Il nous est expliqué que l’ensemble des spécialités seront proposées aux élèves à l’échelle de l’académie, mais c’est un leurre, confirme Raymond Artis. On sait très bien que tout le monde n’aura pas le loisir d’aller dans tel ou tel établissement. Les modalités de mise en œuvre semblent complexes : pour quelques heures par semaine, les élèves se rendront d’un lycée à l’autre ? Cela semble peu probable ».

Enfin, dernier reproche à formuler sur cette réforme et non des moindres, la pression imposée aux élèves. Le baccalauréat 2021, qui mixte contrôle continu et épreuves finales, devait permettre de sortir d’une logique d’examen couperet. Mais là non plus, la promesse n’a pas été tenue. Le ministère a imaginé un marathon sans fin pour les lycéens, avec une multiplication d’épreuves en cours d’année. Le bachotage a donc de belles heures devant lui !