Le plastique, ce n’est pas fantastique !

L’affaire a fait grand bruit à la rentrée ! Alors que la mairie de Bordeaux a répondu favorablement à la demande des parents d’élèves de retirer la vaisselle en plastique des cantines de la ville par mesure de précaution pour la santé des enfants, les agents se sont mis en grève estimant que ce retour en arrière allait dégrader leurs conditions de travail. Le point sur cette situation ubuesque avec Magali Della Sudda, présidente FCPE des écoles Fieffé-Francin, à l’initiative du collectif « Pour une cantine sans plastique ».

Avant toute chose, pouvez-vous nous réexpliquer le point de départ de votre mobilisation ?
Magali Della Sudda : Tout remonte à décembre 2016 : nous avons appris en conseil d’école que la mairie prévoyait d’approvisionner toutes les cantines de la ville en vaisselle en plastique. Dès le retour des vacances, en janvier 2017, les enfants nous ont dit que la vaisselle avait été remplacée. On a réagi assez vite, très étonnés et mécontents devant cette mise devant le fait accompli, et face à ce qui s’apparente à un passage en force. En février 2017, nous avons alors organisé une première réunion qui a rassemblé beaucoup de parents inquiets. Parmi eux, il y avait des scientifiques, ce qui a permis de ne pas créer de la panique en exagérant les dangers de cette exposition. Mais cela nous a aussi aidés à bâtir des arguments solides. Dès lors, il était évident qu’un principe de précaution devait être respecté.

Quels sont les risques pour la santé des enfants ?
M. D. S. : Tout le circuit est problématique. Les enfants mangent des aliments qui ont été conservés pendant vingt jours dans des poches plastiques. Aliments qui sont ensuite réchauffés dans des barquettes en plastique, et servis dans de la vaisselle en plastique. Il y a forcément des migrations du plastique vers les aliments que les enfants ingèrent. Or, de nombreuses recherches scientifiques font le lien entre les perturbateurs endocriniens repérés dans le plastique et certaines pathologies.
C’est pourquoi nous avons travaillé jusqu’en juillet sur un protocole de tests afin que la composition des assiettes, fabriquées en copolyester Tritan, puisse être expertisée. Mais dans l’intervalle, la mairie, sans nous prévenir, a conduit sa propre étude, avec une méthodologie peu satisfaisante et un rapport d’analyse très succinct. Les experts indépendants que nous avons sollicités ont confirmé eux qu’il y avait des traces de Bisphénol-A. C’est alors que le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a annoncé le 20 septembre que même si les tests étaient bons, il sacrifiait au principe de précaution, et qu’il allait retirer la vaisselle des cantines.

C’était donc une victoire pour les parents d’élèves. Mais dans l’heure qui a suivi, les agents de cantine ont lancé un préavis de grève. Comment expliquer ce rebondissement pour le moins surprenant ?
M. D. S. : Nous étions tous surpris. Car nous avons toujours accompagné les agents sur leurs revendications pour l’amélioration de leurs conditions de travail. Les parents d’élèves de Bordeaux sont sensibles à ce problème. On sait qu’il y a un manque de personnels, à tel point que dans certaines écoles, les parents se regroupent en association pour assurer la surveillance de la cantine. Dès que les discussions ont commencé avec la municipalité sur la nocivité des assiettes en plastique, elle a avancé l’argument suivant : la vaisselle en plastique, moins bruyante et plus légère, allait réduire la pénibilité du travail pour les agents, et régler les soucis d’absentéisme. Nous avons tout de suite refusé d’être dans cette alternative délétère : santé des enfants versus santé des agents.

Quelle est la situation aujourd’hui ?
M. D. S. : Lors de notre dernière entrevue avec la mairie, mercredi 4 octobre, nous avons obtenu la confirmation que la vaisselle serait retirée à partir du 1er janvier 2018, sous réserve qu’une solution technique soit trouvée. A priori, le verre trempé a été retenu. Nous allons veiller à ce qu’elle tienne ses engagements. Mais nous avons aussi demandé à ce que des tests soient réalisés sur les contenants de réchauffage. Nous voudrions que les barquettes de cuisson soient remplacées par de l’inox, comme c’est le cas à Strasbourg. Ce qui résoudrait aussi la question du tri. Car aujourd’hui, ce plastique n’est pas recyclable. Et que laisse-t-on à nos enfants ? Des montagnes de déchets dont on ne sait que faire. Ce que nous souhaitons, c’est trouver, avec tous les acteurs concernés, des solutions pour une cantine plus respectueuse de la santé des usagers et de l’environnement.

Quelles sont les recommandations que vous proposez ?
M. D. S. : Il y a des tas de pistes à explorer. Pour le bruit notamment. La mairie propose de mettre du film plastique sur les tables, mais il y a des composés volatiles dedans. Il y a d’autres initiatives de coéducation plus intéressantes à mener. On peut tout à fait impliquer les enfants dans des petites tâches annexes, comme mettre le couvert, débarrasser, trier. Il faut aussi étudier tous les bruits périphériques et créer de vraies séparations entre le réfectoire et les offices où tournent les lave-vaisselle par exemple.
En tout cas, ce qui doit donner de l’espoir et envie de se mobiliser, ce sont les succès remportés. Tout ça est parti d’un petit conseil d’école, et la mobilisation grandit ! Les parents d’élèves ont toute légitimité à porter ces questions au cœur des discussions, les inscrire à l’ordre du jour. Car chacun peut faire avancer les choses concrètement. Les enfants ne doivent pas être la dernière roue du carrosse !

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