Ouverture du congrès national de la FCPE par Georges Dupon-Lahitte, président de la FCPE - 29 mai 2004 :
En ouverture du congrès national de la FCPE le 29 mai 2004 à Nantes, Georges Dupon-Lahitte condamne l'immobilisme d'un système éducatif où domine l'empreinte libérale et sécuritaire du gouvernement Raffarin.

Chers Parents, Cher(e)s, ami(e)s, Chers Parents citoyens, Nous nous sommes quittés l’an dernier, à Clermont-Ferrand, alors que le pays était au cµur d’une grave crise sociale. Nous nous retrouvons cette année dans une situation où c’est la société qui est en crise. Crise de société parce que la cohésion sociale est rompue. Cohésion sociale rompue, fracture sociale et sociétale aggravée parce que les valeurs qui rassemblent et qui soudent les citoyens d’une Nation sont inversées. L’individualisme, le chacun pour soi, le moi d’abord, le tout, tout de suite, le profit immédiat, l’enrichissement à tout prix, le pousse-toi que je m’y mette, l’incitation à la délation, le vide au nom de la sécurité par l’élimination des plus faibles, des plus démunis, des moins formés, l’exploitation culturelle et médiatique des ressorts humains les plus médiocres, les cadeaux fiscaux réservés aux plus aisés, la meilleure école confisquée par les seuls initiés, voilà désormais quels sont les canons de la réussite sociale. Et tant pis pour les autres ! Ainsi, il deviendrait ringard de parler solidarité, coopération, entraide, droit à la réussite pour tous. Chacun, bien sûr, en appelle à la démocratie, à la justice sociale, aux valeurs républicaines mais ces incantations, au contact de la réalité, se vident peu à peu de leur sens. Peut-on, doit-on, se résigner à cette situation ? Pouvons-nous, devons-nous accepter le cynisme des nantis, la Sarkozysation des esprits, l’émergence de la république des corbeaux et des mouchards, l’entreprise de distillation fractionnée des éléments les moins rentables d’une société du profit et de l’enrichissement à tous crins ? Non, parce que cette conception est aux antipodes d’une société éducative, cette conception entre en conflit ouvert et irréductible avec les valeurs qui fondent et qui animent l’action de notre fédération et de ses militants. Il faut d’entrée que ces choses là soient dites, pour que personne ne les ignore. Il faut, plus que jamais, que nous parlions haut et fort, que nous disions notre engagement, que nous affirmions notre volonté de contribuer, par notre action quotidienne et citoyenne, à la défense et à la promotion d’une société de justice sociale par la construction d’une école démocratique, républicaine, accueillante, généreuse, ambitieuse, une école de la réussite pour tous. Or, que voyons-nous ? Quelle image nous renvoie le paysage éducatif ? A côté du miroir du débat, que reflète aujourd’hui la politique gouvernementale en matière d’éducation ? Quel profil donne-t-elle à voir aux parents d’élèves ? Quelles réponses apporte-t-elle à leurs préoccupations légitimes d’éducateurs ? C’est d’abord l’image d’une institution scolaire frileuse, repliée sur elle-même, tournée vers le passé, qui, à l’évidence, frappe. Ceci n’est pas un hasard. Le Premier Ministre et ses gouvernements successifs l’ont voulu ainsi. Et rien, à l’heure actuelle, ne nous permet de dire que cette politique sera infléchie par le dernier avatar gouvernemental. Une politique donc qui, au-delà du cadre strictement scolaire, révèle une conception de la jeunesse ressentie comme hostile et dangereuse. Une politique qui, dans le monde éducatif, est soutenue par les uns et combattue par les autres : la FCPE, sans état d’âme, ne s’est jamais privée d’une analyse lucide et sans concessions, et ne peut être taxée, ni de réflexe anti-enseignant ni, à l’inverse, de la moindre complaisance. Elle sait, et elle le dit, reconnaître et partager un engagement commun avec ses partenaires. Elle connaît, et elle le dit aussi, l’investissement professionnel de nombreux personnels d’éducation : chefs d’établissement, enseignants, personnels d’administration, de santé, ouvriers de service. Mais elle sait aussi que certains accueillent avec soulagement le retour d’une politique élitiste et conservatrice dont ils attendent un plus grand confort professionnel et un éloignement des parents d’élèves, décidément trop encombrants, trop curieux, trop exigeants. Une Ecole, donc, qui se recroqueville sur des schémas d’un passé mythique. Le c’est plus comme avant, le retrouvons les vraies valeurs d’antan font florès. Le fantasme cèle l’alliance des élitistes, des méritocrates, des nostalgiques d’une laïcité de pacotille, et des conservateurs de tout acabit. Une école, pour tout dire, démissionnaire. Une école qui faillit à sa mission en renonçant à ses missions. Une école qui renonce à sa mission d’éducation, quand elle repousse hors de ses murs des jeunes, de surcroît filles et voilées, auxquelles on ferme les voies de l’autonomie, de l’émancipation, au risque de les jeter dans les bras de l’intégrisme et de la soumission au père, au frère, à la famille. La FCPE a donc, avec l’accord massif de ses adhérents, rejeté la loi et sa circulaire d’application qui, ultime hypocrisie, ose parler de dialogue alors que l’issue de celui-ci, c’est à dire à terme l’exclusion, est déjà fixée. Et après cela, les inspirateurs de cette loi vont clamer dans tout le pays que cette jeunesse a perdu ses repères citoyens ! Mais à qui la faute ? Sur ce sujet, dont il faut craindre, dès la prochaine rentrée, qu’il suscite des excès de zèle venus de toutes parts, nous proposons, en guise de réflexion – si certains y sont encore disposés – ces quelques mots de Shirin EBADI, avocate iranienne de la cause des droits des femmes et des droits humains, Prix Nobel de la paix 2003 : ... la place des femmes dans notre société ne se réglera pas par une loi mais par un changement radical des mentalités, donc par l’éducation (et non par l’exclusion), éducation des filles, et éducation des garçons dont personne ne semble se soucier, car leurs engagements ou leur comportement vis à vis des femmes ne se manifestent pas au niveau de leur tenue vestimentaire. Une école qui renonce encore à sa mission d’éducation quand elle abandonne à la police et à la justice les responsabilités qui sont les siennes en matière d’éducation à la citoyenneté, au respect mutuel, à la discipline librement consentie parce que collectivement élaborée et acceptée. Les exemples ne manquent pas, allant des initiatives prises par le Recteur de l’académie de Paris qui passe convention avec un procureur adjoint pour traiter en temps réel le moindre incident survenu dans les établissements (un tag ou une simple altercation par exemple) à la tentative de fichage préventif des élèves de l’Ousse-des-Bois à Pau, en passant par les policiers référents à la sauce Sarkozy, mis à la disposition des établissements. Que les choses soient bien claires : Jamais la FCPE n’acceptera que le policier se substitue à l’éducateur , Jamais la FCPE n’acceptera que la répression prenne le pas sur l’éducation , Jamais la FCPE n’acceptera que les auxiliaires de police comblent le vide laissé par l’abandon du recrutement des emplois jeunes ! A chacun son métier : La FCPE, hors de toute démagogie, n’ignore pas que certaines situations sont très difficiles et qu’alors, la justice réparatrice doit faire son µuvre. Mais, elle sait aussi qu’en matière de prévention, de vigilance et d’alerte, les outils existent et peuvent rassembler tous les partenaires concernés : comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté, conseils locaux de sécurité pour ne citer que ceux-là. Ces structures à finalité éducative sont peu ou mal utilisées, voire totalement ignorées. Il y a donc une opposition fondamentale entre ceux qui prônent un partenariat éducatif, et ceux qui incitent à la délation organisée. C’est pourquoi la FCPE a condamné l’avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance, qui oblige les travailleurs sociaux à divulguer des informations confidentielles reçues dans le cadre d’une relation de confiance, garantie par leur déontologie professionnelle. Sinistre continuité, sinistre cohérence que celle qui unit l’incitation au fichage, l’incitation à la délation, l’abandon de la moindre démarche éducative auprès d’élèves, y compris pour des incidents mineurs qui relèvent de l’ordre intérieur des établissements. Et ce sont les mêmes qui, figurez-vous, au nom de leur autorité chancelante, en appellent au retour à la morale. Soyons mobilisés pour que ces néfastes procédés, de triste mémoire, soient dénoncés et condamnés : ils ne font qu’attiser la peur de l’autre et la méfiance généralisée. Ils portent en germe tous les réflexes xénophobes, quels qu’ils soient, et en cette matière, la FCPE se refuse à trier. Car avoir la volonté de vivre ensemble, à l’école et ailleurs, c’est condamner, d’un même élan, d’une même force, d’une même détermination, exclusion et discrimination, tout racisme dont l’ antisémitisme. L’école renonce aussi à sa mission d’éducation quand elle tente de réduire le rôle et la dignité des parents Par complaisance autant que par idéologie, le Ministre Ferry, en modifiant la composition des conseils de discipline, a dit, en quelque sorte : Les enseignants d’abord, les enseignants surtout, alors que, dans la quasi totalité des cas, ils ne sont pas impliqués, es qualité, dans les problèmes de discipline. Mais il fallait surtout moins de parents, ces curieux, ces fouineurs, ces empêcheurs de tourner en rond. Il fallait reconstituer cette partition parents/enseignants, alors que nous avions patiemment construit les conditions qui permettaient que le conseil de discipline fût d’abord une structure éducative, prise solidairement en charge par tous les partenaires de l’école. Et c’est ainsi qu’on arrive à des dénis de justice insupportables, comme cet élève de Rueil-Malmaison mis hors de cause par la justice, mais dont l’exclusion définitive est maintenue par le conseil de discipline. Ou ceux là qui, dans la proche région parisienne, sont exclus sur la foi de témoignages anonymes, sans même attendre que l’enquête de police soit arrivée à son terme. Mais nous n’avons pas encore connu le pire : voici les faits que nous relatent avec une grande dignité et une grande retenue les parents d’un jeune lycéen : Pour avoir, de l’intérieur de son lycée, lancé 3 pierres sans bris de vitre vers une maison située à l’extérieur du lycée, un jeune garçon de seconde, accompagné de son camarade, est convoqué par la Proviseure et son adjointe dans une salle de l’établissement. Le lycéen, félicité pour s’être spontanément dénoncé, est encouragé à la délation, puis on le menace à plusieurs reprises de faire appel à la police s’il n’y a pas de dénonciation plus large. Les responsables de l’établissement quittent la salle, rejoignent leur bureau et très rapidement, des policiers en uniforme font irruption dans la salle, suivis des responsables de l’établissement qui assistent à toute la scène. Les deux adolescents sont arrêtés, menottés, conduits à une voiture de police sérigraphiée garée à l’intérieur de l’établissement et emmenés au commissariat où ils sont placés en garde à vue ... Placés en garde à vue, les adolescents sont menottés à nouveau, placés en cellule individuelle, fouillés en détail, déshabillés complètement et subissent une fouille anale... Ces jeunes ont été mis en garde à vue pour dégradation de biens privés en réunion et photographiés dans la cour du lycée pendant le temps de vie scolaire. Je vous passe les autres détails. Ceux-là suffisent pour montrer quel niveau d’abjection et d’aveuglement on peut atteindre lorsque des éducateurs, par inconscience, lâcheté ou démission, font appel à des fonctionnaires de police au comportement indigne pour régler la vie de leur établissement. . L’autre avatar sécuritaire destiné à la délicate attention des parents indignes, c’est le décret relatif à l’absentéisme scolaire, ou, dit plus rapidement : Les enfants fuient, les parents paient ! Comme si ça allait les faire revenir à l’école ! Comme si ça dispensait de s’interroger sur les causes profondes de l’absentéisme ! Comme si on pouvait acheter le retour à l’école ! Mais rendez-vous compte : faire payer et punir en même temps, c’est le top du libéral-sécuritaire ! Que de temps perdu, que d’énergie gâchée, que de mauvais procès instruits là où les acteurs sincères de l’éducation revendiquent la relation parents/enseignants comme un préalable nécessaire, sinon suffisant, à la réussite des jeunes ! Alors, inlassablement, nous revendiquerons le statut de parent délégué, comme nous l’avons fait auprès du nouveau Ministre, comme nous l’avons plaidé auprès des confédérations syndicales, comme étant un véritable outil de participation à la démocratie sociale. Inlassablement, nous continuerons de réclamer l’application rigoureuse et complète des textes qui fixent notre rôle à l’Ecole. Inlassablement, nous réclamerons une vraie campagne, pour de vraies élections, d’autant qu’elles sont ouvertes pour la première fois – et nous nous en félicitons – aux deux parents. Inlassablement, nous revendiquerons nos droits, rien que nos droits, mais tous nos droits, c’est à dire, en d’autres termes, la capacité à assumer intégralement notre responsabilité de parents coéducateurs ! Mais c’est aussi à sa mission d’enseignement que l’Ecole renonce quand elle recrée de façon insidieuse des filières ségrégatives précoces à l’intérieur du collège. C’est la raison pour laquelle la FCPE a, pour sa part, sévèrement critiqué le projet de texte organisant une prétendue alternance au collège. Cet aspect, sera bien entendu, au cµur de la réflexion que vous allez mener dans le cadre de notre thème central. Il pose évidemment le problème de la culture commune, celle qui fait que les jeunes partagent ensemble, non seulement un socle de connaissances et de compétences, mais aussi une vie collective, une vie sociale qui va régler leur comportement les uns vis à vis des autres, mais aussi avec les adultes qui travaillent dans et avec l’établissement. Sans anticiper sur vos travaux, je veux dire ici très fortement que cette question est centrale et fondamentale pour l’avenir du notre système éducatif, en ce qu’elle constitue un choix, évidemment et éminemment politique : Qui a droit à l’éducation, laquelle, et pour quoi faire ? L’école renonce encore à sa mission d’enseignement et creuse les inégalités quand elle délègue une partie de sa mission aux officines privées de soutien scolaire. Elle renonce ainsi à constituer son propre recours. Elle favorise le développement d’un secteur marchand qui se nourrit de l’angoisse, réelle ou provoquée, des parents d’élèves. Jamais ce secteur n’a été aussi prospère. Jamais il n’a été aussi agressif commercialement, servi souvent par les mêmes enseignants qui refusent, à l’école publique, de mettre en µuvre un travail à effectifs réduits ou un soutien individualisé, arguant d’un manque de formation ! Cette situation renvoie bien sûr à notre revendication permanente de gratuité, en France comme dans les établissements français à l’étranger, garanti par l’Etat, quels puissent être par ailleurs les efforts fournis à des degrés divers, par les régions. La FCPE, c'est clair, revendique le droit à la réussite pour tous ! Mais elle réclame aussi, pour la jeunesse, le droit à la turbulence, au bouillonnement, à l'imprévisibilité, à l'indignation et à l'enthousiasme, et même le droit à l'erreur et à la révolte, le droit à la justice ! Le droit à la réussite n'est pas l'éloge de la paresse et de la facilité. Le droit à la réussite, c'est ce qui fait que le désir de cette réussite rend non seulement l'effort indispensable, mais que cet effort tendu vers la réussite provoque plaisir et jubilation, parce qu'il fait grandir l'adulte dans l'enfant. Le droit de proposer la réussite pour tous est un devoir de l'Etat. Il a donc le devoir de développer les moyens correspondants. Il a donc le devoir de donner à chacun ces savoirs sans lesquels nul ne peut s'engager à armes égales dans sa vie de travailleur et de citoyen. Il a le devoir, dans le même temps, de permettre que chacun (e), à tout moment de sa vie, puisse compléter sa formation, préparer une promotion professionnelle, enrichir sa culture générale, changer d'orientation : c'est la formation tout au long de la vie. Le socle du droit à la réussite pour tous doit aussi reposer sur trois piliers porteurs : une culture commune à toutes et à tous , une formation initiale de qualité , une formation ouverte en permanence à tous tout au long de la vie. Aujourd'hui, tous les voyants sont au rouge. La dernière année du Ministre Ferry est proche du degré zéro. Il a tenté d'acheter l'amertume enseignante, après l'échec du mouvement social du printemps dernier, en lançant une opération calamiteuse sur le port des signes religieux, c'est à dire sur le voile islamique. Il n'a réussi à satisfaire –bien provisoirement- que quelques chefs d'établissement, qui réclament, paradoxalement, plus d'autonomie, mais moins de responsabilité. A l'Ecole maternelle, la scolarisation des enfants dès deux ans est sacrifiée. A l'Ecole primaire, le dédoublement des classes de CP est une supercherie et la mise en place des réseaux d'école est en panne. Les aides éducateurs disparaissent et avec eux des pans d'activités à l'école : BCD, informatique, soutien scolaire, etc. Au collège, les itinéraires de découverte sont remis en cause, la nouvelle organisation de la classe de troisième conduit à une filiarisation déguisée, et si le brevet des collèges voit un développement du contrôle en cours de formation, il souffre de nombreuses incohérences dans le poids relatif des disciplines soumises à l'examen. La rénovation de l'enseignement de la technologie est renvoyée aux calendes grecques. Au lycée professionnel, l'expérience des baccalauréats en trois ans s'est déroulée dans l'opacité la plus absolue. Et pour l'ensemble du second degré, la politique de santé scolaire est restée un vµu pieux faute de moyens correspondants , l'enseignement artistique et l'action culturelle sont sacrifiés par la réduction du budget des classes à PAC, la politique de prévention de la violence se réduit à une modification démagogique des conseils de discipline et la généralisation des comités d'éducation à la santé et à la citoyenneté en est restée au niveau du slogan. Pendant ce temps là, les parents essaient d'y voir clair dans l'enseignement des langues étrangères, où règne l'improvisation et l'incapacité chronique à assurer la continuité pédagogique entre école et collège. Les zones d'éducation prioritaire sont abandonnées à leur sort, tandis que l'ex-ministre de l'intérieur détourne à son profit le concept de discrimination positive. Le dossier de la formation des maîtres sommeille dans les placards, tandis que l'ex-ministre à l'enseignement scolaire disserte sur l'hypothèse du port de l'uniforme à l'école. Voilà le bilan catastrophique d'une année scolaire de 2003-2004, auquel échapperont leurs responsables directs, partis sans crier gare et sur la pointe des pieds. Après moi le déluge ! Que la Nation se débrouille avec son école ! On en viendrait presque à ne retenir de toute cette gabegie que "le débat sur l'avenir de l'école". Les faits nous ont donné raison : 37% de parents, 8% des élèves ont participé physiquement au débat. Nous avions pourtant mis en garde : les conditions matérielles et de préparation au débat n'étaient pas réunies pour que les citoyens soient en mesure d'y participer massivement. Pour autant, nous aurions tort d'ignorer un premier bilan qui fait apparaître quatre idées dominantes : - le droit à la réussite des élèves est la préoccupation majeure , - la relation famille-école est clairement revendiquée comme un enjeu fondamental pour la réussite des jeunes , - l'hétérogénéité des classes est majoritairement acceptée, pourvu qu'elle soit accompagnée de dispositifs multiples de différenciation pédagogique. - Le collège unique n'est pas remis en cause, la culture commune est revendiquée comme un objectif pour tous, tout en prenant en compte les différences des rythmes d'acquisition. Voilà qui doit nous conforter dans la poursuite de notre action, notamment avec nos partenaires : Education & Devenir et Ligue de l'Enseignement. La Commission du débat sur l'avenir sur l'école devrait rendre son propre rapport fin septembre. Le nouveau Ministre annonce l'élaboration d'une nouvelle loi d'orientation, qu'il veut "sans rupture" avec la précédente, d’abord pour le second semestre 2005, ensuite pour le premier semestre 2005 et enfin, il y a quelques jours, pour le printemps 2005, après qu’elle ait été annoncée primitivement pour la fin de l’année civile 2004. Comment faut-il interpréter ces atermoiements ? Doit-on les attribuer à la désinvolture ou au désintérêt que manifesterait le Ministre sur la question ? Doit-on redouter l’irresponsabilité sur ce dossier face à l’inconséquence des promesses successives sur le calendrier ? Ne doit-on pas se poser des questions légitimes sur la crédibilité d’un dialogue social nécessaire, dès lors que celui-ci serait remis en cause par des délais à géométrie variable ? Il est clair en tout cas, et nous le répéterons chaque fois que nécessaire, que nous ne laisserons pas brader la loi d'orientation de 1989. Car, face à ce calendrier en mouvement perpétuel, pèsent lourdement un certain nombre de menaces et d'incertitudes : - d'abord, le bilan révoltant de ces trois dernières années où, l'amateurisme, le conflit de pouvoir entre Ministres, la condamnation de la chienlit soixante-huitarde, la nostalgie d'un passé d'opérette ont tenu lieu de politique éducative , - ensuite, l'essoufflement d'un pouvoir politique incapable de rassembler les citoyens autour d'un projet fort qui leur donne espoir, qui donne espoir pour la jeunesse , - enfin, les menaces de plus en plus précises de régression budgétaire aggravées qui rendront vains et caducs tous les discours et les projets de transformation du système éducatif. Nous n'avons donc, mes ami(e)s, aucune raison de nous réjouir. Et, pour cette raison, nous n'avons pas le droit au relâchement. Nous ne pouvons, aujourd'hui, que compter sur nous, compter sur nos propres forces, compter sur la présence incontournable et originale qu'a désormais notre fédération dans le champ éducatif pour proposer et avancer. Cette présence, nous l'avons imposée ensemble ! Personne ne l'a fait à notre place, personne ne le fera à notre place. Nous ne devons compter que sur nos propres forces militantes, que beaucoup nous envient et que d'autres voudraient bien affaiblir. La place légitime des parents d'élèves au sein de la communauté éducative n'est pas un fait acquis. Il se trouve toujours quelqu'un pour la contester, la remettre en cause, la réduire alors même que nous avons peine à faire respecter l'entièreté de nos droits. Mais il y a pire. Le Ministre, en personne, conteste aux parents des droits qu’ils n’ont pas ! Ainsi, prétend-il, au nom de la restauration de l’autorité, que la loi d’orientation de 1989 aurait ôté aux enseignants leur pouvoir de décision en matière de redoublement. Son subconscient a-t-il gommé la politique des cycles ? Et sait-il à qui appartient la décision ultime d’orientation à l’issue des procédures d’appel ? Feint-il d’ignorer, que dans de nombreux cas, c’est le passage en classe supérieure qui est favorisé afin de se débarrasser au plus vite des élèves qui gênent, que redoublement ou non redoublement servent souvent de variable d’ajustement pour réguler des effectifs de classe ou maintenir des structures peu valorisantes ? Mais en fait, ces questions-là, qui sont au cµur du souci de la réussite des enfants, des jeunes, ne semblent pas le préoccuper. C’est lui qui l’affirme : ce qui est en jeu, c’est l’autorité du maître, l’autorité révélée, l’autorité sortie du néant, qui n’est que l’avatar scolaire du pouvoir de droit divin de l’adulte sur l’enfant, qui est aux antipodes de l’acte éducatif. Combien de fois faudra-t-il le répéter , l’autorité ne se décrète pas ! L’enseignant, l’éducateur, l’adulte font autorité parce qu’ils sont en capacité d’établir avec les jeunes des liens, des relations de confiance, d’attention, qui n’excluent pas la rigueur. Il font autorité parce que, une fois ces conditions réunies, ils peuvent s’autoriser, ils sont autorisés et même encouragés à assumer leur mission, qui consiste à faire grandir l’adulte dans l’enfant, et non de soumettre l’enfant à l’adulte et à qui que ce soit d’autre ! Nous avons souligné, après notre première entrevue avec le Ministre Fillon, une rupture encourageante dans le mode de relations et de dialogue. Mais force est de constater qu’en matière de politique éducative, c’est la continuité qui prévaut : En digne héritier de Luc Ferry, François Fillon vole au secours d’une autorité mythique, et choisit, une fois de plus, de caresser dans le bon sens le poil conservateur de certains enseignants plutôt que de se pencher -car il est quand même Ministre de l’éducation nationale- sur l’avenir des élèves et les préoccupations légitimes de leurs parents ! Opportunisme politique ou idéologie profondément conservatiste ? Les deux sans doute, mais ce qui est grave, c’est que le deuxième terme de l’alternative nous paraît très clairement être ce qui inspire l’ensemble de la politique de l’actuelle équipe gouvernementale : un conservatisme foncier, solidement enraciné, et pour ce qui nous occupe en opposition frontale avec une politique résolue de démocratisation de l’enseignement. La déclaration du Ministre en gros titres dans un quotidien du soir en fait foi : l’autorité doit être au cµur de l’école . Non Monsieur Fillon ! Ce qui est au cµur de l’école, c’est le jeune. Car ce qui fait notre force et notre sérénité, c'est que nous ne nous battons pas pour nous-mêmes. Nous n'avons pas d'intérêts de boutique à défendre, nous ne tirons nul bénéfice personnel de notre engagement : nous ne craignons donc pas d'être amputés de quelque avantage que ce soit, et nous sommes donc insensibles aux pressions de toutes sortes. Car ce qui nous anime, ce qui nous fait agir, ce qui est le fondement même de notre existence et de notre action militante, ce sont les jeunes. Notre passion, notre impatience, notre détermination, notre ténacité, notre cohésion, dans l'indépendance d'esprit et l'autonomie de décision et d'action, nous les mettons, avec enthousiasme, au service de la jeunesse. C'est pourquoi le découragement, le fatalisme, l'abdication nous sont étrangers. Eh bien ! ce congrès, ce sera celui, studieux, de la construction laborieuse et difficile de ce socle de la scolarité obligatoire qui doit être le tremplin de la réussite pour tous les jeunes. Ce sera le congrès du refus du renoncement, du refus de l'injustice sociale, du refus de la soumission aux lois du plus riche et du plus puissant. Notre service public d'éducation est menacé : - il est menacé par la domination de l'argent , - il est menacé par une conception égoïste, destructrice, individualiste, pour tout dire libérale, de l'éducation , - il est menacé par l'autoritarisme, le conformisme, la soumission à la norme dominante, le repli sur soi, la méfiance réciproque, la stigmatisation d'une jeunesse a priori menaçante et paresseuse, en un mot une conception sécuritaire de l'éducation. La FCPE s'oppose et s'opposera radicalement à cette conception qui ne laisse aucune place à la générosité, à la solidarité, au respect mutuel, à l'apprentissage de la démocratie, à la dimension émancipatrice et libératrice de l'éducation. A ces conceptions rétrogrades, conservatrices, élitistes et liberticides, il n'y a d'autre issue que celle qui consiste, de toutes nos forces, à résister. Et la meilleure façon de résister, c'est d'agir ! Agir c’est se rassembler, agir c’est se développer, agir c’est s’unir collectivement autour de valeurs au service de l’enfant et de la jeunesse. A cet égard, celles ou ceux qui souhaiteraient se débarrasser de ces gêneurs que ce sont ces parents FCPE en seront pour leurs frais. J’ai en effet le bonheur et le plaisir de vous annoncer la naissance du conseil départemental FCPE de la collectivité départementale de Mayotte, que son promoteur, Soilihi AHAMADA, à partir de la création et de l’animation de son conseil local de collège, a initié sur l’ensemble du département. Ainsi, à ceux qui pensent à tort que le chacun pour soi est le seul refuge possible face aux difficultés de toute nature, nos militants apportent le démenti le plus radical : c’est bien à partir du rassemblement des parents, même et d’abord à son niveau le plus modeste, que se construit l’action collective qui seule est en capacité de rompre l’isolement des familles face aux problèmes scolaires que rencontrent leurs enfants, qui seule est en capacité de les résoudre solidairement. Désormais, à Mayotte, c’est la FCPE qui représentera les parents d’élèves au conseil de l’éducation, de la culture et de l’environnement. C’est la FCPE qu’ont souhaité rencontrer les inspecteurs généraux en mission. C’est la FCPE qui siègera, pour le premier et le second degré, à l’Union nationale du Sport scolaire et universitaire. Vous l’avez montré, Vous le montrerez encore, Pour la FCPE, la meilleure façon d’agir, c’est d’agir collectif. Cher(e)s ami(e)s, chers camarades, avec la FCPE, agissons ensemble ! Je déclare ouvert ce 58ème congrès de la FCPE dédié à Jean Cornec.